Conte africain

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Afrique du sud - Cape Town
de alex, le 04-08-2008

Conte africain

Changement de continent et changement d'ambiance... Une semaine pluvieuse et paresseuse au Cap histoire de s'adapter en douceur et soigner les rhumes passagers des gars. Long Street avec ses bars animés, ses boutiques d'art, ses concerts live, sa musique assourdissante 7 jours sur 7... et notre hôtel sympa géré par un groupe de potes délurés.

Les mises en garde et les grilles des bâtiments ont de quoi vous faire virer parano mais on relâche vite notre attention : les gens sont avenants... Seuls les gars connaissent une mésaventure avec des canifs sortis discrètement pour intimider mais pas de mauvaise expérience pour moi.

Le Cap, c'est aussi un melting pot timidement assumé. Une pub Benetton sans les coulisses. Les Blacks, les Blancs et les Métisses (the Coloureds) se mélangent mais pas trop. 1994 n'est pas si loin...

Je dégote une petite GOLF civic pour la suite de nos aventures sur le continent africain. Pas chère et fiable, il est temps de fuir la pluie.

On suit la N7, traversant le Northern Cape, une des régions les moins densément peuplées d'Afrique du Sud. Grands espaces verdoyants... et inondés. Les pluies de la semaine ont fait des dégâts. Des hectares de vignobles et d'orangeraies bordés par l'imposante chaine des montagnes du Cederberg. Les villages qui croisent notre route semblent déserts. Ambiance outback australien. Hospitalité inattendue par Van Oyk, un gars bourré d'alcool et de générosité. On apprécie le lit confortable...

En deux jours de route, on atteint la frontière namibienne...
La Namibie n'était pas sur mon itinéraire initial, lui préférant le Sénégal. Et puis un soir de Noël 2006, on est tombés sur l'émission de F.LOPEZ avec Muriel Robin en Namibie... changement de plan!!! Vive France Télévisions!!!
C'était beau à la TV et c'est encore plus beau en vrai. Des kilomètres de piste et de route pour découvrir les trésors de ce pays magnifique...

Les sonorités germaniques (ancienne colonie) ne laissent pourtant aucun doute : on est bien en Afrique. Dès le poste frontière, le changement de paysage est flagrant. Dès que le tampon du visa namibien s'écrase sur mon passeport, ce sont des petits moments de bonheur à la pelle. Souvenirs...

Le Fish River Canyon et ses gorges creusées par la capricieuse Orange River. Un énorme plateau couleur ocre qui se fissure abruptement sur des kilomètres rivalisant avec la démesure du Grand Canyon de l'Ouest américain. Un panorama qui se mérite après une veillée au feu de camp et une nuit très froide.

Les haut plateaux qui émergent des plaines de savane, les roches rouges qui contrastent avec les herbes jaunâtres de la plaine... Malgré les plateaux mongols, l'outback australien et la pampa argentine, c'est la première fois que j'ai ce sentiment d'infini. Des espaces immenses sans point d'horizon... si ce n'est un Quiver Tree isolé (arbre endémique présent en Namibie et au nord ouest de l'Afrique du Sud).

Les rencontres inattendues avec la vie sauvage namibienne. Des phacochères, queue dressée qui traversent... Des autruches qui courent à grandes enjambées le long de la route dodelinant de la tête (pointe à plus de 30 km/h oeil sur le compteur) avant de ne devenir qu'une ombre qui se perd dans le coucher de soleil rougeoyant... Des hyènes qui errent, comme victimes de leur mauvaise réputation... Des babouins Chacma qui nous regardent ahuris... Des springboks qui détalent en sauts ridicules mais grâcieux (dos rond, pattes tendues et tête baissée)... Des oryx qui nous toisent du regard avant de s'éloigner... Des Grands Koudous qui crânent avec leur détente impressionnante pour fuir... ça promet pour les parcs nationaux!!!

Le charme de Luderitz avec ses maisons coloniales colorées (la Bavière sous le soleil en somme) et sa plage sauvage.

Le sable qui envahit la ville fantôme de Kolmanskuppe, ancienne exploitation et seule enclave autorisée dans la zone diamantifère interdite au public. C'est un ouvrier allemand qui trouva sur le chantier de la ligne de chemin de fer en 1905 un diamant à même le sol... le début d'une véritable ruée!!!

Les dunes du désert du Namib avec le site Sossusvlei. Paysage grandiose et un silence impressionnant. Les plus hautes dunes du monde (350 m) se dressent devant nous arborant des couleurs rouges, ocres, roses suivant le moment de la journée. .. Une mer de dunes qui s'étire jusqu'à l'Océan Atlantique. Des buissons épineux d'un vert étonnant, quelques touffes d'herbes jaunâtres, des scarabés qui crapahutent entre les grains de sable. Jusqu'au tableau final de la dune Dead Vlei : un paysage surnaturel avec une cuvette asséchée, hérissée d'arbres morts qui dessinent des ombres irréelles sur la surface craquelée et blanchâtre. Contraste saisissant avec le rouge des dunes et le bleu éclatant du ciel. Un superbe coucher de soleil comme tomber de rideau...

Notre rencontre avec des singes mécontents d'être dérangés lors d'une rando dans le Naukluft (partie montagneuse du Namib). Perchés sur les rochers de couleur ocre, ils nous observent avec curiosité... la réciproque est vraie.

La rencontre avec les Himbas et ses célèbres femmes rouges (elles s'enduisent les cheveux et le corps avec de l'huile ocre). Ces pasteurs nomades restent attachés à leurs traditions ancestrales, leur village organisé en cercle autour de l'enclos à bétail, du feu sacré et de la hutte du chef. Une rencontre irréelle tant cette tribu est à mille lieues de notre monde occidental : une hutte sommaire, de la purée de mais et de la viande séchée qui mijotent dans la marmitte, une polygamie toujours actuelle, une coquetterie à toutes épreuves... la communication est limitée (une guide-traductrice nous accompagne) mais les sourires et les regards en disent long. Certains Himbas ont tenté l'aventure occidentale... sans grand succès, se marginalisant ou sombrant dans l'alcoolisme.

La rencontre avec les Bushmen, membres du peuple San et rendus célèbres dans le film "Les dieux sont tombés sur la tête". Premiers habitants de l'Afrique Australe, ils vivaient de cueillette et de chasse (leurs talents de pisteur leur ont valu d'être recrutés pendant la guerre de l'Indépendance) avant d'être sédentarisés par le gouvernement. Leur langue à clics caractéristique (la langue est claquée sur le palais) est un spectacle sonore surprenant. Si le bonheur simple des Himbas était flagrant, la détresse et la nostalgie chez les Bushmen l'est tout autant. Leur mode de vie a fondamentalement changé depuis l'indépendance (1990!!!) mais ils sont encore exclus du développement économique et regrettent les jours anciens avec amertume.

Les découvertes gastronomiques comme le biltong (viande séchée - boeuf ou gibier), un morceau d'oryx ou de grand koudou au barbecue, du porc au gingembre, des chenilles grillées a l'ail...

L'accueil et les rencontres avec les autochtones, toujours souriants, toujours prêts à vous aider. La Namibie est un des pays les moins densement peuplé d'Afrique australe et je retrouve un peu l'esprit du peuple mongol, leur sens de l'hospitalité et de l'entraide...

Les couleurs chatoyantes des tenues et des bijoux des femmes namibiennes quelque soit l'appartenance ethnique : la couleur ocre des Himbas, les couleurs vives des Bushmen, les robes coloniales des Herero Ladies...

La faune sauvage du parc Etosha au nord du pays, l'un des plus grands parcs animaliers au monde. Des trous d'eau dispersés autour d'une mer intérieure asséchée (Etosha Pan) pour le plus grand bonheur des animaux assoiffés et des touristes épatés. Zèbres, gnous, girafes, springboks, grands koudous, oiseaux secrétaires, phacochères, chacals, autruches, oryx, impalas, sassades crapahutent à moins de 20 mètres de notre bagnole... On surprend même une lionne avachie aux pattes d'une girafe. On ne s'en lasse pas et on rempile au coucher du soleil, installés dans un camping à l'abri des prédateurs : des gradins sont placés au bord du trou d'eau, le projecteur attend l'obscurité.
Les oiseaux assurent la première partie, batifolant dans l'eau et piaillant tout ce qu'ils peuvent. Le coucher de soleil envahit le ciel de couleurs orangées. Silence de mort. Ciel étoilé. Le spectacle peut commencer...
On guette le moindre bruit, la moindre herbe piétinée, le moindre grognement, le moindre cri... les "stars" arrivent sur scène l'une après l'autre : un rhinocéros et son petit qui trainent un peu... Une dizaine d'éléphants et éléphanteaux qui plongent leur trompe en s'aspergeant... Un chien sauvage tellement flippé qu'il ne prend pas le temps de boire et fixe les buissons anxieusement... Une hyène nonchalante... Petit moment de bonheur de les voir évoluer ensemble et en liberté.

Enorme coup de coeur pour la Namibie. Ce sont des moments forts comme ça qui me font prendre conscience que je suis en train de réaliser mon rêve. Economisez ou endettez vous (au choix) mais prenez un billet d'avion pour découvrir ce pays!!! Vous ne le regretterez pas...

Le retour en Afrique du Sud se fait la tête encore pleine de ces souvenirs namibiens. Comme pour nous montrer qu'elle aussi mérite le detour, elle se dévoile un peu plus...

La piste sablonneuse du parc transfrontalier du Kgalagadi nous amène à la rencontre d'une faune sauvage exceptionnelle (dont deux guépards affairés à dépecer une antilope) et d'un paysage plus varié qu'Etosha.

L'immensité des plateaux arides du Kalhari... et une pause dégustation de vins qui s'impose chez un grand gaillard (le vignoble sud-africain a plus de 500 ans, deuxième plus ancienne exploitation après l'Europe).

Le parc des chutes Augrabies où l'Orange River se jette formant un canyon et offrant un superbe panorama lors d'une rando dans les rochers. Quelques heures à marcher au milieu de ces formations géologiques, à croiser des damans (sorte de marmottes) et des lézards multicolores...

La surprenante route du Namaqualand qu'on avait prise pour monter en Namibie mais un peu tôt. En trois semaines, le paysage est d'humeur printanière : des milliers de fleurs sauvages s'étalent au pied des hauts plateaux africains... Superbe.

Retour au Cap accueillis par Sunelle, la propriétaire des lieux : elle sait recevoir... Après de nombreuses nuits froides dans la voiture ou la tente, on apprécie de rentrer à la "maison". Dernière soirée, dernier barbecue, dernier groupe live...

On profite aussi du beau temps et de ces deux jours pour visiter deux lieux, vestiges de la politique de l'Apartheid et de la lutte pour son abolition.
Les townships de la ville où vivent Blacks et Métisses, chassés en 1966 du district 6 déclaré alors "Whites only" et relogés à la hâte suffisamment loin du centre. Un autre monde...
Robben Island (ile située au large du Cap), son pénitencier et Nelson Mandela son détenu le plus célèbre. Visite de sa cellule et des différentes sections, menée par un ancien prisonnier. La fierté plus que de l'amertume. Quel combat... Toutes ces années d'humiliation, de ségrégation, de contrôle (seuls les Blacks devaient avoir leur permis en permanence sur eux, pour répondre aux contrôles de police)...

La boucle est bouclée...

La Namibie et l'Afrique du Sud : un conte africain en deux tomes... à parcourir absolument!!!




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