Après l'époustouflante Patagonie et 24 heures de bus interminables, on débarque à Mendoza. Les gens qu'on avait croisés sur notre route ne tarissaient pas d'éloges sur cette ville du centre de l'Argentine... et pourtant...
On atterrit dans une auberge sympathique avec jeux, TV et vin à volonté. On comprendra vite pourquoi tellement le breuvage est infâme!!! On se prend une journée pour regarder le match France - Italie histoire de se donner bonne conscience. Mouais... nous voilà déchargés de toute obligation télévisuelle!!!
Mendoza c'est un peu notre raté argentin... on passe à côté des charmes de la ville et on ne peut pas accéder au Parque Nacional de l'Aconcagua et son cerro du même nom (plus haut sommet américain) à cause de la neige. Frustrée... une prochaine fois.
On ne se laisse pas abattre et on se prend une journée pour faire la tournée des bodegas sur Maipu, une bourgade située à 16 bornes de Mendoza. La région est réputée pour ses bons crus Malbec et autres, assurant plus de 70 % de la production nationale. On loue des VTT chez senor Hugo avec Melissa et Pierre pour donner une touche plus pittoresque et surtout sécuritaire à la ballade. Je m'attendais à des coteaux, des maisons en pierre, un paysage vallonné... On se tape des bornes de bitume, frôlés et enfumés par les bagnoles et les camions. Les bodegas s'apparentent plus à des attrape-touristes, sans âme et maitrisant à la perfection la conversion pesos/euros. J'ai connu plus buccolique!!! La mauvaise impression se confirme avec les dégustations : accueil froid et vin rouge râpeux... à Toc ambiante soit 10 oC!!! On ne peut pas dire que ce soit vendeur. On se consolera avec une succulente picadilla et on finira la journée en beauté grâce à senor Hugo : sa générosité et son sens de la convivialité nous prouveront qu'il ne faut pas généraliser...
Une nuit de bus pour remonter vers le nord et rejoindre Salta. Je commence à en avoir ras-le-bol des sandwiches fadasses qu'on nous sert et de leurs éternels biscuits fourrés au dulce de leche (confiture de lait sucrée et écoeurante)!!! Salta est une ville agréable avec ses maisons coloniales et elle se trouve au centre d'une des régions les plus traditionnelles du pays : le Nord-Ouest argentin. On loue une voiture trois jours pour en découvrir les recoins...
On commence par poursuivre notre ruée vers le nord en suivant la Ruta 9 sinueuse et étroite. Forêt tropicale pour atteindre Jujuy avant d'aborder une région plus aride et sauvage. On retrouve le nord du Chili ou certains coins de Bolivie. On longe le lit asséché du Rio Grande qui se perd dans une vallée désertique aux couleurs déclinées dans des tons ocres, verts et beiges. Le ciel se découvre pour accentuer les contrastes. Silhouettes de cactus. Chevaux au pré. On découvre Purmamarca : ses maisons cossues en bois de cactus et en pisé, ses rues en terre battue, ses chiens errants, son église blanche qui domine la place du village... Le village est adossé à la "colline des sept couleurs", superbe cerro au dégradé de couleurs surprenant.
On roule au milieu de la Quebrada de Humahuaca et ses 10 000 ans de civilisation (le quechua y est d'ailleurs toujours parlé). Etonnante vision plaquée sur les montagnes telle une succession de palettes d'artistes avec la "vallée des Peintres". Traversée symbolique du Tropique du Capricorne. Dernière étape avec Humahuaca qui culmine à 3000 m. Petit village à la quiétude et au charme indéniables avec ses ruelles pavées, son marché coloré, ses habitants qui sirotent leur maté sur les bancs publics... On attend la tombée de la nuit. Les montagnes environnantes rougissent sous la lumière de fin de journée. Retour à Salta dans le brouillard. Un biffe de chorizo et au lit!!!
On se serre à nouveau dans notre petite OPEL corsa pour une escapade de deux jours au sud de Salta. Après deux heures de route monotone, la vallée se retrécit, la route se fait plus sinueuse et la terre rougit : on entame la traversée de la Quebrada de Las Conchas... Impression de pénétrer dans un canyon de l'Ouest americain. Les montagnes ont été érodées petit à petit par le vent et la pluie forçant l'imagination des Argentins pour nommer ces formes insolites : la Garganta del Diablo, l'Anfiteatro, el Sapo, el Obelisco, los Castillos... On en prend plein les yeux et les arrêts photos se multiplient. La végétation se limite à des herbes jaunâtres, des buissons épineux et de rares arbres. Le soleil fait son apparition ajoutant des effets de lumière au spectacle qui s'offre à nous et faisant ressortir la couleur ocre qui domine ...
On arrive à Cafayate en début de soirée pour y passer la nuit. Village paisible de style colonial situé à 1660 m et adossé à la Cordillière. On en profite pour goûter au vin blanc de la région, faire un brin de shopping dans les nombreuses boutiques d'artisanat et discuter autour d'une picadilla au Baco.
Au réveil, longue journée de piste pour traverser les vallées Calchaquies et rejoindre Salta par la Ruta 40. Le rio Calchaqui s'étend dans la vallée, les montagnes sont ocres et écrasées par les nuages. Progressivement la vallée devient plus encaissée et la route se perd au milieu de flèches obliques de granit - Las Flechas. Superbe. Villages isolés et figés dans le temps : Angastaco, Molinos, Cachi, Payagosta... Des gauchos sortent de nulle part maniant leur monture dans la pierrasse et nous saluant au passage. Entourés par des sommets de plus de 6000 m, on monte progressivement après la longue ligne droite Recta Tin Tin et on traverse le Parc national Los Cardones reconnaissable à ses nombreux cactus. Immense plateau désertique avant que la piste ne se rétrécisse jusqu'aux 3348 m du Piedra del Molino et ne plonge entre les monts pelés de la Cuesta del Obispo. Superbe route sinueuse au dessus de la mer de nuage qui rosit avec le coucher de soleil. Retour sur Salta dans la nuit.
On est déjà bien nases et les nuits qui arrivent s'annoncent très courtes... On quitte Salta. Trois correspondances et 26h de trajet plus tard, on atteint Puerto Iguazu à l'extrême nord-est du pays (à la limite de la frontière brésilienne) pour arpenter le Parque Nacional d'Iguazu. Le fleuve Iguazu parcourt 1320 kms avant de se jeter dans le Parana. Au niveau du Parc, il s'engouffre sur toute sa largeur (1500 m à cet endroit) dans une abrupte faille géologique. Des ilôts divisent le fleuve juste avant la faille en plusieurs bras et donc autant de cascades... le spectacle est un immense arc de cercle de chutes d'eau!!! On commence par la Garganta del Diablo où s'engouffrent plusieurs chutes hautes quasiment de 80 m avec un débit impressionnant (1750 m3 par seconde!!!). Vapeur d'eau et bruit assourdissant. Sensation de vertige. Hallucinant. On passe la journée à découvrir les différentes chutes et les photographier sous tous les angles au milieu d'une forêt luxuriante et des coatis (espèce de fourmilier à poil doux). Dommage que le temps soit couvert...
On tente la virée en bateau pour s'approcher à quelques mètres seulement des chutes avant d'en ressortir propulsés par deux moteurs de 150 cc chacun. On est complètement trempés et aveuglés par des trombes d'eau mais les sensations sont là : ça brasse!!! On fait la fermeture du parc à la tombée de la nuit. Un bus nous attend le soir même pour la Capitale Fédérale (les Argentins appellent Buenos Aires ainsi). Pour notre dernier trajet en bus, on s'est lâchés : bus cama (plus large et confortable que le semi-cama)... dont on profitera une heure avant qu'il ne tombe en rade remplacé par un semi-cama!!! A croire que ce n'est pas pour nous...
On "boucle" l'Argentine avec quelques jours à Buenos Aires. Cité au passé glorieux qui a vu débarquer des Européens par bateaux entiers. Du coup pas très dépaysant et finalement très européen (les Portenos - habitants de la capitale - sont d'ailleurs très fiers de leurs origines européennes... et du coup raillés par le reste du pays pour leur arrogance).
Excursion à la journée pour visiter une estancia - sorte de ranch argentin - en tête à tête avec Ju et quelques bons morceaux de viande. Greg et François n'étaient pas motivés... Visite de l'estancia, accueil avec empanadas de viande, vin et asado (barbecue) à volonté, ballade à cheval, musique et danse folklorique (gars impressionnant aux bolasses), spectacle équestre des gauchos... Ambiance champêtre. Bonnes bouilles et sourires francs.
On passe ces quelques jours à découvrir Buenos Aires par quartiers...
La Boca : ses ruelles colorées, son Caminito réputé, ses artistes, ses mimes, ses boutiques, son tango de rue... un mini Montmartre latin... et bien sûr le stade du club de Boca Juniors. La Bonbonnière (surnom du stade) émerge du quartier arborant ses couleurs jaunes et bleues. Véritable culte pour Diego Maradona : maillots, étoile, statue, fresques, sosie du célèbre 10 argentin... On essaie d'imaginer la fureur des jours de match, les fans debouts ou accrochés (euh... écrasés) au grillage. Le foot est une véritable religion pour les Argentins. Et la vierge Marie trône dans les vestiaires...
San Telmo : "notre" quartier... ancien quartier aristo déserté au profit de la Recoleta à la fin du XIXème siècle à cause des épidémies de fièvre jaune. Le quartier renaît façon bobo : brocantes, antiquaires, peintres, bars à tango, restos et l'incontournable Feria du dimanche où la place Dorrego est prise d'assaut par les marchands, les groupes de musique et les peintres.
La Recoleta : ses belles demeures, ses boutiques de luxe et son cimetière VIP avec notamment la tombe d'Eva Peron (Evita - femme influente du président Peron dans les années 50).
El centro : la plaza de Mayo et son Obelisco (25 mai 1810 : fête de l'Indépendance), les bâtiments modernes, l'avenue Florida et ses franchises internationales, la Casa Rosada d'où le couple Peron haranguait les foules...
Et puis la musique... des airs de Gardel ou Bajofondo qui résonnent... et un spectacle de tango dans la salle feutrée et intimiste du café Tortini : un couple sensuel et gominé qui glisse, tournoie, se fige aux rythmes d'un quatuor et de la voix rauque de Nina Bilous. Petit moment de bonheur. Déjà envie de revenir apprendre cette danse complexe... un jour peut-être.
Et puis la bouffe... des faux-filets et des filets qui fondent dans la bouche, des empanadas qui ouvrent l'appétit, des glaces artisanales, des parillas de chevreau ou de poulet... on ne s'en lasse pas!!! Même si on a fait un dérapage patriote et gourmet pour un resto francais...
Et puis les 31 ans de Ju à fêter avant le départ d'Argentine et plus globalement d'Amérique du Sud... bon ben un biffe de lomo SVP!!! Un peu plus et on plantait la bougie dans la viande tendre!!!
Belle étape argentine. Des paysages superbes et un coté épicurien qui me plait bien...
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