Séquence émotion : coup de coeur au bout du monde...
Y a des noms comme ça qui font rêver... la Patagonie, le Mont Fitz Roy, Ushuaia, la Terre de Feu... ça a même un côté inaccessible...
C'est un peu comme la traversée de l'Outback australien ou l'Hymalaya : j'en avais fait un des points forts de mon itinéraire dès le début alors forcément l'attente est grande. Et toujours peur d'être déçue dans ces cas là...
Après 4 nuits de bus ou de bancs de gare routière et quelques coups de gueule (le 1er contact avec les Argentins n'aura pas été des meilleurs : hautains, pas serviables et un peu roublards... et leur accent n'est pas pour aider!!!) depuis Santiago de Chili, on arrive à El Calafate avec François. Ambiance station de montagne et les prix qui vont avec... boutiques de fringues et chocolateries de dégustation : en temps normal, j'aurai craqué mais pas le budget pour le coup. On prend notre petit dej en face des baies vitrées de l'hôtel avec vue sur le lac Argentino et les montagnes enneigées. Rien de tel pour commencer la journée... la lumière est vraiment particulière et semble tout mettre en valeur (sauf nos cernes, faut pas exagérer) : le soleil ne se lève que vers 9h30 pour disparaître vers 18h.
D'ailleurs, on s'est laissés surpendre la 1ère fois à Rio Gallegos : on arrive à 2h30 du matin à la gare et on doit attendre notre correspondance à midi. François dort sur le banc de la gare et je lui dis "vas-y, je te réveille quand il fait jour"... j'ai bien cru que j'allais attendre pendant 10 heures!!!
On a une petite journée de récup en attendant les deux lascards en provenance de Buenos Aires : leur vol a été annulé à cause des éruptions du volcan chilien Chaiten. Pas de raison que le quatuor ne soit pas solidaire : du bus pour tout le monde!!! Soirée pour fêter les retrouvailles avec vin rouge argentin... et foie gras apporté par Ju!!! Un petite attention qui nous va droit au coeur. Du luxe après 9 mois de sac à dos!!!
On loue une voiture pour s'aventurer sur les routes glissantes des environs et découvrir le Perito Moreno. Les 50 bornes à parcourir pour entrer dans le Parque Nacional Los Glaciares sont une excellente mise en bouche : on longe la rive du Lac Argentino (plus grand lac du pays) avant de s'engager sur la Peninsula Magallanes. Belles couleurs avec cette lumière du bout du monde... Créé en 1937, le parc est inscrit au Patrimoine mondial de l'UNESCO en 1981 : une superficie de 600 000 ha, baignée par les lacs Argentino et Viedma et un gigantesque glacier de 500 km de long, le Hielos Continentales qui se divise en plusieurs glaciers sur le Chili et l'Argentine. Le Perito Moreno en est une des terminaisons les plus impressionnantes...
Bluffée dès qu'on l'aperçoit au détour d'un virage. Majestueux. Un immense "vacherin" de 5km de large, 15 de long et 60 m de haut... découpé, contrasté entre un bleu froid et un blanc immaculé (suivant la densité de la glace) et surtout vivant : il grince, craque et grogne dans un silence intimidant. Et puis d'un coup, un pan du monstre tombe bruyamment dans l'eau glaciale et turquoise du lac... les montagnes environnantes amplifient l'effet en renvoyant l'écho. Au début, limite on trouve que ces bouts sont ridiculement petits (alors que proportionnellement aux 60 mètres de haut, ils doivent facilement atteindre 8 à 10 m!!!). Le Perito Moreno lâche alors un énorme pic de glace de 40 mètres qui explose dans l'eau avec fracas. Ce sont plein de petits icebergs qui partent à la dérive, emportés par les vagues. Impressionnant. On s'incline et on apprécie. Et accessoirement on se sent tout petit...
On poursuit notre expédition dans le Parque de Los Glaciares avec El Chalten : le Chamonix argentin, capitale nationale de la rando et de l'alpinisme. Mais en saison morte, un village sans charme limite niarreux à la météo capricieuse. La plupart de sentiers sont bloqués par la neige, Ju a mal au pied et tout est fermé (condamnés à bouffer de la pizza décongelée hors de prix, super...). On se fait une raison avec jeux de dés et de cartes, finale de Roland-Garros en direct (pas de bol, elle aura été express!!!). Heureusement, le temps se découvre et on se fait des ballades jusqu'à la cascade de Chorillo del Salto et jusqu'au plateau qui surplombe le village. Superbe vue sur le Massif du Fitz Roy : le Fitz Roy (3405 m) et le Cerro Torre (3128 m) dressent leurs sommets de granit vers un ciel bien bleu... vraiment chanceux car le Fitz Roy est réputé pour être souvent perdu dans les nuages (El Chalten veut dire "sommet de feu" : les Indiens avaient dû prendre le Fitz Roy pour un volcan). Un vrai défi pour les alpinistes même les plus chevronnés : c'est un Français, Lionel TERRAY qui ouvre la voie en 1952. Une vue panoramique époustouflante, des couleurs automnales qui percent le manteau de neige, un condor qui tournoie au-dessus de nos têtes, un rio glacial qui serpente dans la vallée... De quoi mériter un chocolat chaud au retour!!!
On quitte le village en hibernation avec un superbe coucher de soleil sur le Massif du Fitz Roy... et c'est parti pour des heures et des heures de bus. C'est un peu le problème en Argentine : les distances sont énormes, les trajets se comptent en 18h, 24 h ou 36 h et ce qu'on voit à travers la vitre est monotone et désertique!!! Heureusement, les paysages et les animaux observés à l'arrivée valent largement les cernes creusées et les vertèbres déplacées!!!
La prochaine étape reste mythique mais elle se mérite : des heures de bus et des passages de frontière à répétition (transit par le Chili et traversée en ferry du Détroit de Magellan). Ushuaia, la ville la plus australe du monde. Un bon fond de commerce touristique... c'est con mais je m'attendais à un village perdu et on découvre une ville de 70 000 habitants!!! La ville en soi n'a rien de particulier mais la baie, les montagnes et les glaciers rajoutent un charme indéniable... par contre, il fait bien froid!!! Entre l'accueil chaleureux de l'hôtel et les biffe de chorizo copieux et tendres du cuistot de la Martinika (faut pas chercher à comprendre!!!), on est pas mal...
Pause historique et culturelle avec le Museo Maritimo : exposition de maquettes de bateaux, évolution des cartes géographiques au gré des découvertes et des expéditions, mode de vie des Indiens Yamana (premiers habitants de la Terre de Feu qui vivaient presque nus et se déplaçaient en canoë avant d'être disséminés à l'arrivée des Européens à cause des maladies et des nouvelles habitudes alimentaires) et l'histoire de l'exploration de l'Antarctique.
Autre versant avec le museo del Presidio qui témoigne du passé carcéral de la ville. Un bagne a fonctionné à Ushuaia de 1902 à 1950 et a abrité jusqu'à 600 détenus dont certains criminels VIP. L'idée était de faire une colonie pénale mais ça n'a pas pris... une aile a été laissée en état : plutôt glauque!!!
Après c'est Ushuaia nature dans toute sa splendeur...
On commence avec une excursion en bateau dans la baie avec Nestor à la barre. Pffffhhhhh... comment dire... alors qu'il excelle à la programmation musicale (Buena Vista Social Club, Bob Marley et tango argentin... toujours très important pour moi!!!), il nous fait découvrir au plus près une faune hallucinante : cormorans, phoques, lions de mer, colombes d'Antarctique et autres volatiles... Trop tard pour les pingouins qui sont déjà remontés en Uruguay ou au Brésil. Souvenir impérissable avec les phoques qui sautent et jouent autour de notre coque, infatigables!!! Hallucinant. On navigue dans la baie en approchant le phare des "Eclaireurs" (en français dans le texte), la Isla de los Pajaros et sa colonie de cormorans ou encore la Isla de los Lobos et sa colonie de lions de mers. Avec vue imprenable sur la ville, les îles et les montagnes qui plongent dans la baie. Une vraie sensation de bout du monde... Un petit moment de bonheur.
Petite grimpette au pied du Glacier Martial pour dominer la ville et la baie au petit matin avant de découvrir le Parque Nacional de la Terra del Fuego : 63 000 ha de paysage sauvage (mais que 2000 ha ouverts au public). Ballade de trois heures sur la Senda Costera, un sentier côtier qui longe le Canal Beagle. On se croirait un dimanche d'hiver en France... un tapis de feuilles mortes, les joues rougies par le froid, un paysage dénudé, le sentier parfois glacé ou boueux, la faune en hibernation. Et le silence... on finit avec un chocolat chaud au bord de la Laguna Roca avant de retourner sur Ushuaia à 12 bornes.
Le cirque des douanes et des heures de bus reprend pour quitter le cocon ushuaien et rejoindre Puerto Madryn sur la côte atlantique. Bien fracassés... la météo capricieuse et le vent hallucinant qui s'est levé (jusqu'à provoquer une coupure de courant de plusieurs heures) nous oblige à prendre un jour de repos qui finalement n'est pas de refus!!! On en profite pour voir le match de l'Equipe de France contre les Pays-Bas. Ça c'est fait...
Pendant que les gars regardent un autre match, je me fais un petit plaisir pour 5 pesos (soit un euro) : "Shine Light", le doc de Scorsese sur les Rolling Stones au ciné local. A défaut de vrai concert... avec Jack White ou Buddy Guy en guest : un petit moment de bonheur. Ça commence à manquer!!! Et puis, alors que Mick entame "Start me up", le film est interrompu pendant 15 minutes (pour 5 pesos, faut pas trop en demander) : les gens de la salle prennent le relais et chantent la fin de la chanson!!! Chaude ambiance...
Dernière étape patagonienne, Puerto Madryn est surtout le point de départ pour la Peninsula Valdes, une réserve naturelle, elle aussi inscrite au Patrimoine mondial de l'UNESCO. Rattachée au continent par un isthme de 35 km, elle abrite notamment une faune extraordinaire. La végétation est rase à cause du vent mais elle permet d'observer des guanacos (cousins du lama), des moutons, des choiques (cousins de l'autruche) et des vizcachas (cousins du lièvre).
Outre les lions de mer, les éléphants de mer et les pingouins (partis vers le nord encore une fois, à croire qu'ils nous fuient!!!), elle reçoit plus de 800 baleines chaque année pour s'accoupler, mettre bas et élever leur baleineau : la Péninsule est réputée pour être la maternité de l'Atlantique Sud. On est là pour ça... les baleines!!! (nom scientifique : ballena franca - nom avec l'accent argentin : bachenas... faut s'y faire!!!)
Arrivés à Puerto Piramides, on enfile les gilets de sauvetages et on s'entasse sur une vedette au départ de la plage pour s'engager dans le Golfe Le Nuevo. Plutôt sceptique au début : il caille, on se prend des embruns plein la gueule et pas une baleine en vue... Et finalement, on a la chance d'en observer de très près!!! Bluffant. La parade des amants (si la femelle n'est pas intéressée elle se place sur le dos, sinon ça se transforme en "orgie" avec 3 ou 4 amants : celui qui a la semence la plus puissante, sera l'heureux élu!!!), une mère et son petit (enfin petit... 2 tonnes à la naissance!!!) et la queue d'une femelle pleine (très photogénique mais la mère se place à la verticale avant tout pour permettre au petit de se placer correctement à l'intérieur et ainsi faciliter la mise à bas). Impressionnant de les voir remonter à la surface et respirer en un jet de gouttes d'eau... Un grand souvenir. J'en suis revenue toute brassée avec Ju... bon ok on n'a juste pas le pied marin...
Enorme coup de coeur pour la Patagonie et la Terre de Feu. Des paysages sauvages, cette lumière si particulière et forcément une faune hallucinante. J'avoue, je manque d'adjectifs pour décrire ce que j'ai vu. Pas déçue pour le coup...
Commentaires sur cet article steph Moi aussi hâte de découvrir ton prochain récit - une tranche d'aventure qui rend accessible ces noms qui font rêver!